3 mai 2012

ANOM ASIL

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11 octobre 2011

SUCRES D’ORGIE

Tu le vois figé le soir, morne et désuet, bâché tôt le matin et rien en cela ne t’émeut. À l’arrêt, commun à tous ses congénères, il arbore deux navettes intersidérales rouge et bleu métalliques, un hélicoptère à trois pales, le dada d’antan rescapé des équarisseurs, plusieurs voitures bigarrées qui tout-terrain, qui décapotée… un festival de roues sans fin, d’ailes et de carrosseries vernissées ; petits prélats d’une mécanophilie pomponnée.
Mais que retentissent les sirènes et s’y presse aussitôt la horde éparse des mouflets aimantés. Ruée avide et trépignante de petits corps électrisés à la vue des mécarapaces irisées… la grappe s’agglutine et la vitesse s’accélère. La rotation du manège se rythme de piaillements polychromes, de hululements gesticulatoires tandis que t’échappe le sens giratoire. Ce ne sont plus que des formes anarchiques qui tracent dans l’air leurs entrelacs acidulés. Tu les devines molles et les vois étirées, ces formes criardes… Un ruban de möbius de pâtes enfantines, miscibles et bigarrées : joses, raunes, vourtes et règes. Deux anoraks se détachent, un visage rond émerge dans un flash, une béance pétillante saille au-dessus de ce qui fut un nez, sa bouche tiraillée comme le pompon du manège en chantier. Les tours s’enchainent. Les enfants-guimauves, fièrement piqués sur leurs bâtons chromés, montent et redescendent ; incessante chevauchée de bonbons braillards, de gouaches élastiques qui piaffent et rient, partis à l’assaut d’un nouveau tour et qui, finalement, finiront rivés à ta rétine touillée.


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23 août 2011

Un ver pour la route

Ça brinquebale au fond de sa caboche. L’alarme s’est allumée d’un spasme : l’envie est furibonde… comme une nuée de papillons virevoltant au fond de l’estomac. Ou plutôt un paquet de mites dans une pile de linge. Bordel, de sa vie il n’avait jamais eu si faim.

Ses yeux opaques ont cédé la place à un paysage olfactif, gris et atone. Mais quelque part au cœur de cette plaine sinistrée, il sait bien qu’une oasis moelleuse se fait sentir, abritant vallons tendres et tièdes fontaines. Alors il se met en marche.

Sa rotule claque comme un drapeau sur un champ de bataille. Cette arête osseuse qui émerge de sa chair grise gratte le tissu désagréablement. Le son de ses pas se répète dans un chuintement rêche. Petite rengaine obsessive aux accents de métronome sale ; pour un instrument désaccordé, quelle ironie ! Ses pieds trainassent dans l’herbe. Les semelles béantes laissent échapper des arpions pâlis aux ongles décollés. Confusion du cuir et des chairs. Moralité, deux fleurs avariées s’épanouissent parmi le gazon. La nature est belle dit-on du temps des vivants. C’est faire peu de cas des asticots qui grouillent sous chaque pli.

La flaque qui s’étale en contrebas lui renvoie une trogne pourrie au visage. Les traits ravagés, l’œil vitreux et l’hirsutisme clairsemé dressent le reflet d’un anonyme contrarié. Ça l’énerve vraiment alors il griffe l’inconnu ; et laisse un ongle flétri sous la surface glacée qui abritait des silex boueux. Il repart, pendouillant un peu plus de tous ses appendices putréfiés. Sa colère éclate dans un râle glaireux qui se noie aussitôt. La frustration et la faim lui vrillent la terrine. Derrière son crâne s’étend un brasier porté à blanc, balayé de mille vents hurleurs et contondants. Il galope maintenant, claudiquant nerveusement vers un rectangle jaune. S’en échappent des effluves suaves et épicés. Il s’approche de l’édifice et oscille de gauche à droite devant la fenêtre. Sa main racle doucement la surface minérale du double-vitrage. Bercé par les effluences doucereuses, il s’abandonne quelques instants à l’imprégnation de tous ses tissus martyrisés. C’est si bon de laisser de se balloter dans l’air du soir quand il vibre de nouvelles promesses. Les résonances cuivrées de rouge, les notes subtiles d’amande de sa matière grisante et les parfums graisseux que ses os renferment comme des trésors grumeleux Son dos offert est une enveloppe fragile qu’il conviendra de déchirer énergiquement. Il regarde sa proie qui promène ses mains sur le clavier, absorbée dans la contemplation d’un écran lumineux. Il bondit.


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